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Italie: La jeunesse se détourne de Meloni à un an des élections

Aug 17, 2026  Twila Rosenbaum  9 views
Italie: La jeunesse se détourne de Meloni à un an des élections

À un an des élections législatives italiennes, la chef du gouvernement Giorgia Meloni fait face à un défi de taille : la défiance grandissante de la jeunesse. Selon plusieurs sondages, les électeurs âgés de 18 à 34 ans se détournent de sa coalition, une tendance qui pourrait s'avérer lourde de conséquences dans un scrutin annoncé très serré entre la droite au pouvoir et une opposition de centre-gauche unie.

Depuis son arrivée à la présidence du Conseil en octobre 2022, Giorgia Meloni n'a pas pris de mesures économiques majeures pour améliorer les perspectives des jeunes Italiens, constatent les analystes. Dans le même temps, son gouvernement a multiplié les initiatives sécuritaires qui visent souvent de manière disproportionnée cette tranche d'âge. Résultat : un désenchantement palpable chez les 18-34 ans, qui pourrait se traduire par un basculement électoral lors du scrutin de 2027.

Des sondages sans appel

Les données recueillies par les instituts de sondage italiens montrent une nette érosion du soutien à la droite chez les jeunes. Selon Lorenzo Pregliasco, directeur de l'institut Youtrend, la coalition de Giorgia Meloni – composée de son parti d'extrême droite Frères d'Italie, de la Ligue du Nord de Matteo Salvini et de Forza Italia, la formation de centre droit d'Antonio Tajani – recueille désormais moins de 30 % des intentions de vote chez les moins de 35 ans.

Ce chiffre contraste fortement avec les près de 50 % obtenus par le bloc d'opposition dominé par le Parti démocrate, le Mouvement 5 étoiles et l'Alliance de gauche-verts. Il y a quelques années, au pic de popularité de Giorgia Meloni en 2023, son seul parti bénéficiait d'un soutien chez les jeunes comparable à celui que l'ensemble de la coalition gouvernementale obtient aujourd'hui. La perte de terrain est donc considérable.

Le vote des jeunes Italiens présente par ailleurs un clivage de genre similaire à celui observé dans d'autres pays européens. Une étude réalisée en 2025 par l'université Bocconi de Milan, sur la base de données de l'institut SWG, indique que les hommes jeunes tendent à voter davantage à droite, tandis que les femmes jeunes privilégient les partis de gauche. Cette disparité pourrait influencer les stratégies électorales des partis dans les mois à venir.

Une politique économique jugée trop timide

Pour Lorenzo De Sio, professeur de sciences politiques à l'université Luiss de Rome, la principale raison de l'hostilité des jeunes envers le gouvernement réside dans son inertie en matière de politique économique. « Giorgia Meloni n'a pas mis en œuvre de réformes économiques significatives », souligne-t-il. Cette absence de réformes ne pose guère de problème à ceux qui bénéficient du statu quo, mais elle est très néfaste pour les plus vulnérables, en particulier les jeunes qui cherchent à s'insérer professionnellement.

Les chiffres confirment cette analyse. Le taux d'emploi des 15-24 ans en Italie est le plus bas des 21 pays de la zone euro, selon les données d'Eurostat. Le pays investit également moins dans l'éducation que la quasi-totalité de ses partenaires de la monnaie unique. En Allemagne, un jeune diplômé gagne en moyenne 80 % de plus que son équivalent italien, d'après la Banque d'Italie. Face à ces perspectives limitées, des dizaines de milliers de jeunes Italiens quittent chaque année leur pays pour chercher de meilleures opportunités à l'étranger, alimentant un phénomène de fuite des cerveaux qui préoccupe les observateurs.

La popularité du gouvernement auprès des électeurs de moins de 35 ans n'est que de 25 %, contre 35 % au sein de la population totale, selon les données de Youtrend. Cet écart de dix points illustre le fossé générationnel qui se creuse entre la majorité et une jeunesse qui se sent délaissée sur les plans économique et social.

Des mesures sécuritaires perçues comme ciblant la jeunesse

Au-delà de l'économie, la politique sécuritaire du gouvernement Meloni a contribué à exaspérer une partie de la jeunesse. Les mesures prises ont touché divers groupes, des détenus aux migrants, mais ce sont souvent les jeunes qui se sont retrouvés dans l'œil du cyclone. Dès le premier décret-loi du gouvernement, il y a quatre ans, les rave parties ont été sévèrement réprimées. Par la suite, le pouvoir a tour à tour ciblé la production de cannabis dit « léger », les manifestations de rue jugées contraires à l'ordre public, les squatteurs et la délinquance juvénile.

Cette ligne dure a suscité une opposition croissante. En novembre dernier, une manifestation étudiante nationale baptisée « No Meloni Day » a rassemblé des milliers de personnes dans plusieurs villes italiennes. Les manifestants protestaient contre les décrets de sécurité, les coupes budgétaires dans l'éducation et le soutien de Giorgia Meloni à Israël pendant le conflit à Gaza. Ce mouvement social a révélé une capacité de mobilisation des jeunes que les sondages ne mesurent pas toujours.

Dans le cadre de l'une de ses dernières initiatives, le gouvernement a présenté en juillet dernier un projet de loi visant à modifier les règles relatives à la responsabilité pénale des mineurs. Selon ce texte, les jeunes âgés de 14 à 17 ans qui commettent des infractions seraient considérés comme pleinement responsables, sauf preuve du contraire. Les règles actuelles, elles, exigent qu'un juge démontre que le mineur comprenait les implications de ses actes. Ce durcissement s'inscrit dans une volonté affichée de répondre à une hausse perçue de la délinquance, mais il soulève des critiques chez les défenseurs des droits de l'enfant.

Un décret adopté en 2023 avait déjà alourdi les sanctions à l'encontre des mineurs délinquants. Selon l'association Antigone, qui défend les droits des détenus, cette mesure a entraîné une augmentation de 50 % de la population carcérale juvénile en l'espace de deux ans. Ces statistiques alimentent le sentiment que la répression prime sur la prévention et l'insertion, renforçant encore le malaise des jeunes Italiens vis-à-vis de l'action gouvernementale.

Concurrence à l'extrême droite

Giorgia Meloni doit par ailleurs faire face à une concurrence nouvelle sur son flanc droit pour séduire les jeunes électeurs. Le parti « Futuro Nazionale », fondé en février par Roberto Vannacci, ancien général devenu eurodéputé, recueille déjà environ 7 % des intentions de vote au niveau national. Ce nouveau venu séduit particulièrement les hommes d'âge mûr, mais il bénéficie également d'un soutien important parmi les jeunes citadins opposés à l'immigration et sensibles à sa promesse de renvoyer des milliers de migrants vers leur pays d'origine.

Selon Lorenzo Pregliasco, « Roberto Vannacci s'en sort certainement mieux auprès des jeunes électeurs que les partis au pouvoir ». Cette percée pourrait fragmenter l'électorat de droite et compliquer la tâche de la coalition sortante, déjà affaiblie par des tensions internes entre ses différentes composantes.

Le référendum de mars, signe d'un réveil politique

L'incapacité de Giorgia Meloni à séduire les jeunes a un temps été masquée par une relative apathie électorale. Le taux de participation en Italie est traditionnellement faible chez les moins de 35 ans, qui préfèrent souvent s'abstenir plutôt que d'exprimer leur mécontentement dans les urnes. Cette tendance a toutefois été démentie par le référendum de mars dernier sur une réforme du système judiciaire soutenue par la présidente du Conseil.

Environ 67 % des moins de 35 ans se sont rendus aux urnes, un chiffre remarquable pour une consultation souvent jugée technique. Parmi eux, 60 % ont rejeté la réforme, contre 54 % de « non » au sein de l'ensemble du corps électoral. Le taux de participation global s'élevait à 59 %, un niveau élevé pour un référendum italien.

Ce scrutin a démontré que la jeunesse italienne n'est pas apathique mais qu'elle attend des enjeux qui la concernent directement pour se mobiliser. Lorenzo De Sio estime que « ce référendum a montré l'impact que peuvent avoir les jeunes s'ils votent en masse. Lors des prochaines élections, ils pourraient être décisifs ». Cette prise de conscience pourrait bien transformer l'approche des partis politiques, contraints de s'intéresser de plus près à une génération qui représente un réservoir de voix considérable.

À l'approche du scrutin législatif de 2027, la question de la jeunesse s'annonce donc centrale. Les partis de gauche et de centre-gauche, qui captent déjà une large majorité des suffrages des moins de 35 ans, espèrent transformer cet avantage en victoire électorale. La droite, elle, devra trouver des réponses aux préoccupations économiques et sociales d'une génération qui peine à voir son avenir s'éclaircir dans un pays vieillissant, où les ressources publiques sont limitées et où la mobilité sociale reste entravée par des années de croissance atone.


Source: Boursier.com News


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